« Consommer un kilogramme de blé, c’est aussi, dans les faits, consommer le millier de litres d’eau qu’il a fallu pour faire pousser cette céréale ».
Daniel Zimmer, Directeur du Conseil mondial de l’eau – Kyoto 2003

Sommaire

L'empreinte eau, c'est quoi ?

L’empreinte eau correspond à la quantité totale d’eau réellement utilisée pour produire un bien ou un service, tout au long de son cycle de vie. On parle également d’eau virtuelle, car elle n’est pas nécessairement visible dans le produit final mais a été utilisée lors de l’extraction des matières premières, de la transformation, du transport, de la distribution et éventuellement de la fin de vie [1]. 

Ce concept d’empreinte eau a été créé pour l’UNESCO en 2002, par le professeur hollandais en gestion de l’eau, Arjen Hoeskra qui a conduit à la création en 2008 du Water Foodprint Network, une organisation composée d’un réseau de partenaires chargés de promouvoir ce concept et de développer des outils de mesure pour encourager une utilisation durable de l’eau.

Contrairement à une simple mesure des prélèvements d’eau, l’empreinte eau vise à estimer l’eau effectivement utilisée ou consommée dans les processus de production. Elle dépend fortement :
• du lieu de production (conditions climatiques, disponibilité en eau, pratiques agricoles ou industrielles),
• du lieu de consommation,
• des technologies employées,
• des normes environnementales appliquées.

Ainsi, deux produits identiques peuvent présenter des empreintes eau très différentes selon leur origine géographique [2]. Les empreintes calculées données sont souvent des moyennes.

Empreinte eau de différents objets (Selon la méthode Water Footprint Assessment) – Source CIEAU

Comment calculer l'empreinte eau ?

L’approche classique fondatrice : eaux verte, bleue et grise​

La méthode dite Water Footprint Assessment distingue trois composantes [4]:
Eau verte : eau de pluie stockée dans le sol et utilisée par les plantes.
Eau bleue : eau prélevée dans les rivières, lacs et nappes phréatiques.
Eau grise : volume théorique nécessaire pour diluer les polluants jusqu’à un niveau acceptable.

Formule simplifiée : Empreinte eau = Eau verte + Eau bleue + Eau grise

Cette approche est principalement volumique. Elle permet des comparaisons globales, mais ne tient pas compte de la rareté locale de la ressource.

Pour mieux comprendre [5], l’eau verte arrive par les pluies dans le champ. Elle est complétée par l’eau bleue de l’arrosage. L’eau grise est l’eau théoriquement nécessaire pour diluer les engrais intégrés pour les plantations.

Schéma explicatif des concepts d’eaux verte, bleue et grise pour un champ de blé – Source nosgestesclimat.fr [5] 

Eau prélevée, eau consommée et intégration du stress hydrique

Une évolution méthodologique majeure consiste à distinguer :
Eau prélevée : volume extrait du milieu naturel
Eau consommée : part non restituée immédiatement au bassin versant d’origine (évaporation, transpiration, incorporation au produit).

L’eau consommée représente l’eau réellement retirée du milieu local, ce qui constitue un indicateur plus pertinent pour évaluer la pression sur les écosystèmes.

Pour comprendre le concept, lors d’un cycle en machine, sur l’eau prélevée pour le lavage, 2% est considérée comme consommée car elle s’évapore lors du séchage. 98% de l’eau est restituée (traitée puis remise dans le système).

Schéma explicatif de la différence entre eau prélevée, consommée et restituée – Source nosgestesclimat.fr [5] 

Ensuite, pour corriger la limite du volume brut, des méthodes intègrent un facteur de stress hydrique local.

Ainsi, selon la méthode Pfsiter [3] : Empreinte eau = Eau consommée x facteur de stress hydrique

Un même volume d’eau aura donc un impact plus élevé dans une région aride, que dans une région riche en ressources hydriques.

La méthode AWARE et la norme ISO 14046

La méthode AWARE (Available WAter REmaining) constitue aujourd’hui la référence européenne [2,3]. C’est une approche multi-critère qui repose sur :
• L’eau bleue consommée,
• Un indicateur de disponibilité locale de la ressource (stress hydrique),
• Une intégration des impacts liés aux polluants.

Elle est intégrée dans la norme internationale ISO 14046, qui encadre l’évaluation de l’empreinte eau dans une logique d’Analyse du Cycle de Vie (ACV).

Contrairement à l’approche purement volumique, l’ACV permet de quantifier :
• Les impacts sur les écosystèmes,
• La toxicité humaine,
• L’eutrophisation,
• Les transferts de polluants entre l’air, le sol et l’eau.

L’empreinte eau devient ainsi un indicateur d’impact environnemental contextualisé et multicritère, et non plus seulement un volume.

Comparaison rapide des approches

Quelle est l'empreinte eau d'un français ?

En France, l’empreinte eau moyenne d’un habitant est de 4900L par jour (selon la méthode fondatrice (Waterfoodprint Network).

Cette empreinte varie fortement selon les pays, en fonction :
• des régimes alimentaires,
• des modes de production agricoles et industriels,
• du niveau de consommation,
• de l’origine des produits consommés.

Par ailleurs, une part importante de l’empreinte eau française est externalisée, c’est-à-dire liée à des produits importés. Une grande partie de l’eau mobilisée pour la consommation française est ainsi utilisée dans d’autres régions du monde, parfois situées dans des zones déjà soumises à un stress hydrique important.

À titre de comparaison :

Tableau de comparaison de l’empreinte eau moyenne d’habitants de différents pays du monde. D’après waterfootprint.org

La décomposition de l’empreinte eau de consommation annuelle de la France révèle le poids important de la viande (36%) suivi du lait (10%) et du thé et café (10%).

Empreinte Eau de consommation de la France, par catégories de produits – Source Rapport WWF 2012 « L’empreinte eau de La France », adapté de l’étude « The Water Footprint of France », publiée en mars 2012 par l’Université de Twente (Pays-Bas)

Comment agir pour limiter son empreinte eau ?

Calculer son empreinte eau individuelle

Plusieurs outils permettent d’estimer son empreinte eau personnelle :

Agir sur notre empreinte eau via notre alimentation

Comme vu précédemment, l’alimentation constitue donc de loin le principal poste de consommation d’eau virtuelle. Les produits d’origine animale, en particulier la viande et les produits laitiers, présentent généralement des empreintes eau plus élevées que les produits végétaux, en raison de l’eau nécessaire à la production des aliments pour le bétail.

Ainsi l’action la plus importante est celle de changer son alimentation :

• Réduire sa consommation de viande, produits animaux et sa consommation de chocolat, de café entre autres.
• Choisir des produits cultivés avec le moins d’intrants et de pesticides possible pour limiter la pollution de l’eau (agriculture bio)
• Réduire le gaspillage
• Boire de l’eau du robinet

 

Pour connaitre l’empreinte eau de vos aliments, vous pouvez les retrouvez sur le site de la waterfootprint (site en anglais, méthode fondatrice) 

Empreinte eau de différents aliments, pour la production d’1kg (Méthode du Water Footprint Network) – Source Futurasciences

Agir sur notre empreinte eau via notre mode de vie en général

De façon générale, pour réduire notre empreinte, eau ou carbone, nous pouvons appliquer le principe des 5R dans notre consommation : Refuser, Réduire, Réutiliser, Réparer, Recycler.

Schéma explicatif de la méthode des 5R – Source Atmo Grand Est

 

Par ailleurs, avant chaque achat, nous pouvons utilisez la méthode BISOU, qui peut s’appliquer elle aussi de façon générale dans notre consommation.

Schéma explicatif de la méthode BISOU – Source Syndicat Centre Herault

 

Enfin parmi quelques actions simples pour réduire notre empreinte eau en dehors de l’alimentation, nous pouvons citer :

• Privilégier les produits d’occasion
• Privilégier les matériaux durables pour nos vêtements (lin, chanvre, laine, et si coton : recyclé) + d’infos 
• Acheter des biens labellisés avec des normes environnementales + d’infos
• Réduire notre empreinte numérique (réduire notre nombre d’appareils et les faire durer, naviguer sur internet de façon responsable) + d’infos 
• Réduire notre impact carbone pour limiter le dérèglement du cycle de l’eau

Toutes nos sources

[1] Cieau (Centre d’information sur l’eau) (2024) – Eau virtuelle et empreinte eau : qu’est-ce que c’est ? https://www.cieau.com/le-metier-de-leau/ressource-en-eau-eau-potable-eaux-usees/eau-virtuelle-empreinte-eau-quest-ce-que-cest/

[2] Eau’dyssée (s.d.) –  Empreinte eau : explications https://www.eaudyssee.org/empreinte-eau-explications/

[3] Maeseele C., Pradinaud C., Payen S., Roux P. (2021) L’empreinte eau – Mémento graphique. , pp. 48, https://hal.inrae.fr/hal-03207737

[4] Mekonnen M.M., Hoekstra A.Y. (2011). The green, blue and grey water footprint of crops and derived crop products. Hydrol. Earth Syst. Sci., 15, 1577–1600, 2011 www.hydrol-earth-syst-sci.net/15/1577/2011/ doi:10.5194/hess-15-1577-2011, https://www.waterfootprint.org/resources/Mekonnen-Hoekstra-2011-WaterFootprintCrops.pdf

[5] Nos gestes climats (2025) – Le lexique pour tout comprendre à l’empreinte eau, Article de blog, https://nosgestesclimat.fr/blog/environnement/lexique-eau-tout-comprendre

[6] Cieau (Centre d’information sur l’eau). (2025). Comment améliorer l’empreinte eau ? https://www.cieau.com/eau-transition-ecologique/solutions/comment-ameliorer-lempreinte-eau/#comment-se-mesure-lempreinte-eau

Page rédigée par Camille Dany, volontaire en Service Civique au Ceseau. Relecture par Claire Moras.

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