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Les actualités de l'association

Dans les films, le héros écrase toujours sa cigarette par terre ou la jette de manière désinvolte. On est même tenté d’imiter ce geste dans la vie de tous les jours pour avoir l’air « cool ». Ce qui est moins cool, c’est les 72 milliards de mégots que l’on retrouve chaque année disséminés dans la nature ! Ou encore, les 500 litres d’eau qui peuvent être pollués par un seul mégot. Car un mégot, c’est les 2500 substances toxiques, qui finissent dans les rivières.  

 

 

Mégots des villes et mégots des champs

En 2017, l’association Surfrider identifiait les mégots comme les principaux déchets plastiques retrouvés dans l’environnement, qu’il s’agisse des plages, des fonds marins, des rivières ou des lacs.

Certains mégots sont jetés – ou enterrés – directement sur les plages ou les cours d’eau, polluant directement l’environnement. D’autres, en revanche, suivent un trajet un peu plus complexe.

Le Ministère de la transition écologique et solidaire estime en 2020 que 200 millions de mégots sont ramassés chaque année dans la métropole bordelaise. Ce ramassage coûte cher aux collectivités. C’est pourquoi en 2021 sera mis en place le principe de pollueur-payeur pour les grands groupes industriels du tabac.

 

Mais quid des mégots qui ne sont pas ramassés ? Bien trop petits pour les grilles anti-déchets des caniveaux, ils passent au travers et sont emportés par le ruissellement des eaux dans les égouts. Ils arrivent en station de traitement des eaux usées, où ils abîment les filtres, avant d’être récupérés avec d’autres déchets tels que les lingettes, les cotons tiges ou les résidus de plastiques. Tous ces déchets finissent par la suite brûlés ou dans un centre d’enfouissement.

Mais les mégots finissent-ils vraiment tous brûlés ou enterrés ? Lors de leur voyage dans les égouts, ils peuvent emprunter deux réseaux différents : le réseau unitaire ou le réseau séparatif.

Le réseau unitaire se trouve souvent dans les vieux centres villes. Il achemine à la fois l’eau domestique et l’eau pluviale dans les stations d’épuration. Mais lors de fortes pluies, l’eau stockée dans les cuves finit par déborder, entraînant les déchets contenus dans les fleuves et rivières, puis dans l’océan augmentant le volume de déchets et par la même occasion, la pollution aquatique.

Le réseau séparatif, lui, est plus répandu dans les nouveaux quartiers ou les extensions des centres villes. Il draine les eaux domestiques vers les stations de traitement des eaux usées et les eaux pluviales directement dans les cours d’eau. Ces eaux de pluie ne sont donc pas traitées et les mégots finissent leur course dans les cours d’eau. Pour tenter de pallier ces problèmes, certaines agglomérations comme la Métropole bordelaise construisent de grands bassins de rétention  qui stockent l’eau en cas de forte pluie, de manière à ne pas la rejeter directement dans les cours d’eau. La Métropole  a également agrandi la station d’épuration Louis Fargue dans le quartier Bacalan afin de pouvoir traiter davantage d’eaux usées

Au final, peu importe le réseau d’égouts dont nos villes sont équipées, ces derniers doivent servir à l’acheminement des eaux usées en vue de leur traitement et uniquement à ça ! Tout comme les toilettes, aucun déchet ne doit être jeté dedans.

 

 

Une toxicité toujours présente, même sans mégot !

Les mégots sont des déchets plastiques non biodégradables, le plus souvent en acétate de cellulose. Ils sont en revanche photodégradables ; la matière première finit donc par se diluer dans les eaux ou dans les sols. Selon l’INEPS (Institut National d’Éducation et de Prévention pour la Santé), on retrouve de l’acide cyanhydrique, du naphtalène, de la nicotine, de l’ammoniac, du cadmium, de l’arsenic, du mercure et même du plomb parmi les nombreuses substances toxiques. A savoir que la nicotine est utilisée comme insecticide depuis le XVème siècle ! Aujourd’hui encore, on l’emploie en tant que pesticide aux Etats-Unis, au Canada et en Europe de manière très encadrée à cause de sa toxicité sur la biodiversité aquatique (en effet, la molécule est très soluble dans l’eau). Selon une étude, menée par l’université d’État de San Diego en 2011 sur des poissons marins et d’eau douce, un seul mégot suffit à décimer la moitié de cette population de poisson. Les micro-organismes aquatiques sont également touchés : certains sont incapables de se reproduire et d’autres sont complètement paralysés après une exposition prolongée. De plus, les animaux marins peuvent ingérer les mégots, ce qui peut entraîner leur mort ou leur sous-nutrition en provoquant un faux sentiment de satiété (puisque les animaux ne régurgitent pas forcément cet élément).

Ces essais écotoxicologiques conduisent à attribuer aux mégots « la propriété de danger HP 14 écotoxique », c’est-à-dire des déchets qui présentent ou peuvent présenter des risques immédiats ou différés pour une ou plusieurs composantes de l’environnement.

 

 

Comment limiter la pollution par les mégots ?

Le principe du pollueur-payeur devrait permettre d’éviter que 110 millions de mégots ne se retrouvent dans les océans. Cependant, il faut s’attaquer au problème à la source. La fabrication de filtres biodégradables envisagée comme une solution, n’est malheureusement pas concluante : les produits toxiques qui proviennent de la combustion de la cigarette restent et les fumeurs continuent à les jeter au sol. Autre idée : mettre des messages sur les paquets de cigarette expliquant que les filtres sont toxiques et non biodégradables. Ou encore, mettre des amendes aux fumeurs qui jettent leurs mégots par terre, mettre davantage de cendriers en place dans les villes (mais souvent, il y a davantage de cigarettes autour, que dedans). Tout un panel d’idées existe pour limiter cette pollution, mais la plus simple reste encore l’éducation des fumeurs à l’impact environnemental et économique d’un geste qui paraît anodin, mais lourd de conséquences.

 

 

 

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