Nos vêtements, les plus gros pollueurs de l’eau ?

Rien ne semble plus ordinaire que l’achat d’une veste ou d’un jean. Pourtant, de la culture des fibres jusqu’au nettoyage dans nos machines à laver, en passant par les étapes de fabrication, nulle n’apparaît plus néfaste pour l’eau que l’industrie du textile…

image de vêtements en train de sécher

Gargantuesque, omniprésent – et indispensable ! -, le royaume du textile s’impose comme l’un des piliers de l’industrie moderne, d’autant plus que la production ne date pas d’hier (l’Inde avait déjà le monopole au XVIIème siècle !). Cependant, la filière a bien changé au cours des siècles, en particulier dans ses méthodes de production et de traitement toujours plus chimiques, qui représentent aujourd’hui un véritable danger écologique et sanitaire. 

Ainsi divers composés toxiques, dangereux pour la faune et la flore sont rejetés dans les eaux au cours des différentes étapes de fabrication. Tandis que la production des fibres elle-même contribue à appauvrir un peu plus les réserves d’eau douce, sans compter l’usage massif de produits phytosanitaires… Un triste constat, lorsque l’on sait que l’industrie du textile est l’une des plus importantes et présentes au niveau mondial. Quelles sont les conséquences et comment agir en tant que consommateur ? On tente de faire le point dans ce nouvel article !

L'industrie textile pollue...

D’après les dernières données (voir nos sources en bas de page), l’industrie textile serait responsable de 17 à 20% de la pollution de l’eau au niveau mondial, et d’environ 70% de la pollution des cours d’eau en Chine [1] ! Cela est dû principalement aux processus de fabrication et notamment aux teintures évacuées par les usines, qui se déversent régulièrement dans l’eau, formant alors de répugnantes mares de peintures où nulle vie ne survit à l’asphyxie. Un véritable désastre pour la faune aquatique et les populations locales, qui souffrent d’un manque de ressources et sont parfois contraintes de vivre en permanence avec un masque, tant l’air alentour est rendu irrespirable par les émanations toxiques qui s’en dégagent.

Indirectement, l’industrie textile pollue également les cours d’eau lors de la production des matières premières utilisées, en particulier le coton. En effet, bien qu’il s’agisse d’une matière naturelle, jugée plus « saine » au demeurant, sa culture engendre une grande consommation d’engrais chimiques et de pesticides, qui se retrouvent inévitablement dans les eaux de surfaces ou les nappes phréatiques. Les matières synthétiques comme le polyester ne font pas mieux, puisqu’elles sont fabriquées à partir de pétrole. Ainsi à chaque lavage, des microfibres de plastiques se détachent de nos vêtements et finissent dans la nature. Tout ceci sans compter les émissions de GES, générés par les usines et plus encore par les transports mobilisés, qui atteindraient 1,2 milliard de tonnes par an [2] !

À tous les niveaux, l’industrie textile apparaît donc comme l’un des plus gros facteurs de pollution à l’échelle mondiale.

…Et dilapide les ressources en eau

Malheureusement, les frais ne s’arrêtent pas là, puisque l’industrie textile contribue également à appauvrir les ressources hydriques de la planète… D’après l’ONU, elle serait même le 3ième plus gros consommateur d’eau au monde [3], avec près de 93 milliards de mètres cubes par an ! Selon l’ADEME, elle mobiliserait également près de 4% des ressources d’eau potable de la planète. En cause une fois de plus, la production des matières premières, dont le coton, qui apparaît encore plus gourmand en eau que le maïs. Ainsi, plusieurs milliers de litres d’eau sont nécessaires à la production d’à peine 1kg de coton. Voilà qui figure un bilan spectaculaire, lorsque l’on sait que ce dernier représente 2,4% des surfaces cultivées dans le monde.

La production des autres matières naturelles (laine, soie etc.), ainsi que des matières synthétiques en usine, ont aussi un impact non négligeable sur la consommation d’eau.

Finalement, la fabrication d’un t-shirt représente en moyenne 2700 litres d’eau, et celle d’un jean entre 7000 à 10 000 litres, soit respectivement l’équivalent de 70 et 285 douches ! Des quantités astronomiques pour de simples vêtements, tandis que des centaines de milliers d’êtres humains dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable…

Des risques sanitaires

Enfin, comme si le bilan n’était pas assez alarmant, les fibres de nos vêtements contiennent de nombreuses substances indésirables, capables de mettre en péril notre santé. Formaldéhyde, phtalates, particules d’argent et autres métaux lourds, s’y retrouvent déguisés sous la forme de traitements déperlants, anti-feu, anti-froissement [4] ou même anti-griffes de chat pour les textiles d’ameublement ! Or toutes ces particules, qui se retrouvent parfois directement sur notre peau, ne sont pas anodines ! Le contact répété avec ces substances peut présenter des risques, sachant que la plupart sont identifiées comme perturbateurs endocriniens, allergènes, irritantes voire cancérogènes… Il est aujourd’hui avéré que des affections cutanées comme l’eczéma, ainsi que les troubles respiratoires comme l’asthme, peuvent être favorisés ou amplifiés par ces particules résiduelles, qui contribuent également par « effet cocktail » à l’affaiblissement de notre système immunitaire [5].

Adopter les bons réflexes

Face à ce constat accablant, il est néanmoins possible d’agir pour protéger la planète, ainsi que sa santé. Voici quelques préceptes à appliquer pour consommer « durable » tout en limitant les dégâts au quotidien.


Se fier aux labels pour l’achat de nos vêtements

De même que pour l’alimentation, certains labels garantissent le respect de l’environnement (ex : Oeko-tex), la réduction, voire la suppression de certaines substances chimiques (ex : Ecocert textile), le respect social et environnemental (ex : GOTS), ou encore le respect des animaux dans le cas des fibres naturelles animales (ex : RAF). Il faut y penser même pour les fibres naturelles, qui sont souvent traitées chimiquement. P

Pour mieux connaître les différents labels, l’ADEME a édité un petit guide Le revers de mon look [6].


C
onsommer local et moins gaspiller 

La filière textile française se développe doucement, notamment celle du chanvre et du lin. En attendant sa démocratisation, on peut déjà acheter du « fabriqué ou cousu local », sachant que nous serons souvent gagnants sur la qualité des vêtements. Enfin, on pense à limiter le gaspillage vestimentaire en achetant moins, en donnant aux associations caritatives comme Emmaüs plutôt que de jeter. Il est aussi possible d’acheter des vêtements de seconde main, en chinant dans les friperies ou sur les applications dédiées comme Vinted.


Préférer les matières naturelles, non traitées
 

On croyait bien faire en achetant une polaire en fibres recyclées et voilà que son lavage libère des microfibres de plastiques dans l’environnement ! Celles-ci passent au travers des stations d’épuration et se retrouvent dans les milieux aquatiques, puis dans toute la chaîne alimentaire [7]. C’est d’ailleurs le cas pour toutes les fibres synthétiques fabriquées à partir de pétrole (polyester, nylon, élasthanne, acrylique…). Alors, en attendant que nos machines à laver soient équipées de filtres efficaces d’ici 2025 [8], on peut s’orienter vers les fibres naturelles végétales ou animales labellisées (coton bio, lin, chanvre, laine, soie…).

Et attention à la viscose ou au lyocell, qui sont des fibres artificielles obtenues à partir de ressources naturelles comme le bois : leur fabrication est généralement désastreuse pour l’environnement et la santé humaine (déforestation, substances chimiques…) [9].


Laver ave
c le moins d’impacts possible 

Par exemple, ne pas laver une robe portée seulement quelques heures, en veillant à remplir le tambour et pourquoi pas, à réduire les doses de lessive (que nous avons tendance à augmenter). Cette dernière sera également choisie de préférence en fonction des labels, ou fabriquée maison (voir la recette de la lessive naturelle).


Et enfin, pensez à toujours laver les vêtements neufs avant de les porter ! 

Cela permettra d’éliminer une partie des polluants qu’ils contiennent et d’éviter qu’ils ne se retrouvent sur notre peau. Si cette étape n’est pas terrible pour l’environnement, elle est toutefois utile pour préserver notre santé. Le mieux est de choisir des vêtements teintés à partir de végétaux, ou carrément non teintés !

Rédactrice : Morgane Peyrot

Sources et liens utiles

[1] Huffpost, novembre 2015, Quel est l’impact de l’industrie textile sur l’environnement ?

[2] Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), La mode sans dessus dessous

[3] United Nations News, mars 2019, UN launches drive to highlight environmental cost of staying fashionable

[4] La synthèse de l’ASEF (Association Santé Environnement France), Les vêtements : quand les toxiques se cachent 

[5] Actu-Environnement, septembre 2017, Perturbateurs endocriniens : l’Inserm quantifie pour la première fois l’effet cocktail

[6] Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME),  Le revers de mon look : quels impacts ont mes vêtements et mes chaussures sur la planète ? 

[7] Santé-Environnement : 3 min pour comprendre, décembre 2020, Crabe d’Arcachon aux microplastiques  

[8] Actu-Environnement, juin 2021, Les lave-linge devront limiter la dispersion de microfibres plastique d’ici 2025

[9] ARTE, 2021, Fast Fashion : les dessous de la mode à bas prix

Le Un hebdo N°39, Comment la mode se fout du monde

Pimpampost, L’eau, une ressource de plus en plus menacée par l’industrie textile (source à vérifier)

Atlantico, mars 2019, Ce que la mode et ses adeptes vont devoir accepter de changer pour l’écologie

Techniques de l’ingénieur (Combe Matthieu), novembre 2019, Industrie textile : pollution et gaspillage à tous les étages

GEO Magazine (Wascowiski Mylène), février 2020, La minute écologique : comment différencier la véritable mode éthique du greenwashing des entreprises textiles ?

Actu Environnement (Clarke Baptiste), Favori – Du coton produit en France, un pari devenu réalité dans le Gers

Institut national de l’économie circulaire, septembre 2018, L’économie circulaire dans l’industrie textile

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