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Notre deuxième épisode de « Santé-Environnement : 3 minutes pour comprendre » est sorti ! Cette fois-ci, rencontre avec Jérôme Cachot du Laboratoire Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (université de Bordeaux, CNRS, EPHE), qui nous parle de microplastiques dans le Bassin d’Arcachon.

 

Le Bassin d’Arcachon : un bouillon de plastique ?

Le professeur Jérôme Cachot du laboratoire EPOC est écotoxicologue, c’est-à-dire qu’il étudie le devenir et les effets des polluants dans les écosystèmes, et plus particulièrement dans les milieux aquatiques. Il s’intéresse notamment aux microplastiques* dans le Bassin d’Arcachon, c’est-à-dire à des particules de plastique de 1 micromètre à 5 millimètres.

Et mauvaise nouvelle : on retrouve des microplastiques partout, y compris dans le bassin d’Arcachon, avec des niveaux qui sont sensiblement les mêmes que dans les autres sites français et européens. Ils sont présents à la surface de l’eau, dans la colonne d’eau, dans les sédiments, et aussi… dans la plupart des organismes vivants.

 

Les microplastiques fonctionnent comme un cheval de Troie

Les plastiques sont un mélange complexe de produits chimiques : le polymère en lui-même, finalement peu toxique, des composés plastifiants (phtalates, bisphénols…), des additifs comme les colorants, les biocides, les retardateurs de flamme, les stabilisants ou les anti-UV… Tout ceci pour les rendre plus esthétiques et plus résistants.

« Mais lors du vieillissement du plastique, le polymère s’oxyde et les additifs sont relargués. Ils peuvent engendrer des effets toxiques impactant le développement, la croissance, la reproduction et la mobilité des organismes qui les ingèrent », explique Jérôme Cachot. Car si certains microplastiques sont éliminés via les voies naturelles, les plus petits peuvent traverser la barrière biologique et s’accumuler dans les organismes. Certains sont même des perturbateurs endocriniens, comme les phtalates, les bisphénols ou les retardateurs de flamme.

De plus, d’autres micropolluants viennent se fixer sur ces particules, tels que les pesticides, hydrocarbures, métaux, ou même des virus et bactéries, et viennent en multiplier leurs effets nocifs. Sans parler des filtres UV de nos crèmes solaires diffusés lors des baignades estivales…

Une véritable bombe à retardement ! L’écotoxicologue parle même de « cheval de Troie ». Ils peuvent capter, transporter et transférer aux organismes vivants les micropolluants présents dans la colonne d’eau, les sédiments et le sol. Ces microplastiques sont donc seulement la partie immergée de l’iceberg.

« On estime à environ 5% la quantité de plastique qui arrive en mer chaque année, soit pour l’année 2018, près de 4 millions de tonnes dans le monde », ajoute le chercheur. Compte tenu de la durée de vie des plastiques bien supérieure à 100 ans, on peut estimer que la quasi-totalité des plastiques produits depuis les années 50 est toujours bien présente dans les océans…

 

La cause à nos vêtements synthétiques ?

La navigation, la pêche, l’aquaculture, le tourisme rejettent des pollutions plastiques. Mais d’après Jérôme Cachot, 80% des déchets arrivant en mer sont produits à terre : eaux usées, agriculture, bâtiment, transport… Ils sont transportés par les fleuves et le ruissellement des eaux de pluie jusqu’à la mer, mais aussi par le vent.

Plus incroyable encore, les analyses au laboratoire EPOC montre que les microplastiques recueillis dans le Bassin d’Arcachon correspondent en majorité à des fibres (cellulose, coton mais aussi PET, polyamides, nylon…) issues très probablement… des textiles !

Alors, qui faut-il incriminer ? Les fabricants de textiles qui utilisent des fibres synthétiques ? Nous, qui les achetons et les lavons trop souvent ? Nos machines à laver qui ne retiennent pas les microfibres de plastiques ou alors, les stations d’épuration qui remplissent mal leur mission ? Tous les maillons de la chaîne sont vraisemblablement responsables…

 

Comment limiter le rejet de microplastiques dans le littoral ?

En attendant l’interdiction de toutes ces molécules, il est possible d’agir pour limiter le rejet des microplastiques au quotidien. Si vous êtes un peu bricoleur(se), il est possible d’installer un filtre sur sa machine à laver, ou plus simplement, de glisser vos vêtements dans un sac dédié qui retient les particules avant de les laver.

« Et bien sûr, limiter au maximum les emballages, proscrire les plastiques à usage unique, collecter et recycler. Il faut aussi que les industriels s’orientent vers des plastiques biosourcés, en cellulose de bois ou en amidon de maïs, et sans additifs », précise Jérôme Cachot.

On trouve également des microplastiques cachés dans la composition de certains cosmétiques, et ce malgré l’interdiction des microbilles solides depuis janvier 2018. On vous en dit plus dans les articles ci-dessous.

Vigilance donc, et surtout… que cela ne nous empêche pas de savourer les fruits de mer pendant les fêtes !

*Ces recherches entrent dans le cadre du projet ArPlastic, financé par la Région Nouvelle Aquitaine, l’Agence de l’eau Adour-Garonne, le Parc Naturel Marin du Bassin d’Arcachon et le SIBA, qui a pour objectifs d’une part, d’évaluer et de caractériser la contamination du bassin d’Arcachon (colonne d’eau et sédiments) et les abords immédiats par les microplastiques et d’autre part, de caractériser la contamination des produits de la pêche (sole, bar, crustacés) et de l’aquaculture (huîtres) par ces microplastiques.
Autres recherches menées par l’équipe du Pr Cachot : Vendée Globe Microplastiques, Tara Microplastiques, Plastic-Seine, Aquaecos.

 

Cette vidéo est co-produite par le Ceseau et Objectif Santé Environnement, réalisée par Alexandre Nocart, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine, de l’Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine, de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, du Ministère de la Transition écologique et solidaire et d’Eau Bordeaux Métropole.

 

En savoir plus

> Lire l’article : Attention aux microplastiques contenus dans les cosmétiques
> Passez à l’action en fabriquant vos propres produits naturels

Téléchargez le guide « Agir contre les micropolluants »

Téléchargez le mémo « Bien choisir ses cosmétiques »

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